Dans une main calleuse, une poignée de graines. Triées avec soin au terme de la dernière récolte, elles ont été mises à l’abri avant que le reste ne soit vendu ou consommé. Ce geste traverse les générations dans les campagnes tanzaniennes : soustraire une part de sa récolte pour la terre du prochain printemps. Loin des caméras et des discours, ce simple mouvement incarne l'un des droits humains les plus récemment consacrés par les Nations unies.

En décembre 2018, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration sur les droits des paysans par 121 voix contre 8. Son article 19 consacre explicitement le droit de conserver, d'utiliser, d'échanger et de vendre ses propres semences. Ce texte ne doit rien aux bureaux new-yorkais : il couronne dix ans de lutte menée par La Via Campesina et les mouvements paysans mondiaux pour inscrire dans le droit international une liberté que la terre exerce depuis toujours.

En Tanzanie, ce droit fait pourtant l'objet de tensions directes. Dans le sillage de la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, lancée par le G8 en 2012, le pays a entrepris d'aligner sa législation semencière sur les standards internationaux de l'UPOV. Avec une menace majeure à la clef : criminaliser l'échange de semences non certifiées, frappant d'illégalité le geste même qui ouvre ce texte. L'enjeu dépasse largement le cadre formel. Les petits exploitants assurent près de 70 % de la production agricole nationale, au sein d'un secteur qui pèse le quart du PIB et 30 % des exportations du pays.

Ce mouvement s'inscrit dans une concentration mondiale implacable : quatre groupes contrôlent aujourd'hui plus de 60 % du marché des semences protégées, d'après les données de la recherche agronomique. Quand la norme juridique se resserre sur le vivant, elle sert rarement ceux qui le cultivent.

Ce rapport de force n'est pas figé. En novembre 2025, la Haute Cour du Kenya a invalidé les dispositions d'une loi qui, depuis treize ans, menaçait d'emprisonnement les paysans partageant leurs propres semences. En restaurant le droit de conserver, d'échanger et de vendre les variétés paysannes, la décision consacre à nouveau une transmission pluriséculaire.

Rien de spectaculaire dans le geste qui ouvre ces lignes, sinon la constance avec laquelle il traverse les âges. C’est ce droit fondamental que l'ordre international commence tout juste à nommer.

Le Réseau Panafricain des Droits Humains accompagne les communautés qui défendent cette liberté en Tanzanie et partout sur le continent. Soutenir leur action, c'est préserver la possibilité pour chaque famille de décider par elle-même de ce qu'elle sème.